Jour 36 / Distance parcourue 24H : 74 km / Distance parcourue totale : 2755 km / Arrivée Martinique : 2184 km

Je savais que ça arriverait. Mais je ne savais pas quand. Et bien, c’est ce soir que le réchaud s’est renversé ! Avec riz, eau bouillante.. bingo ! La fameuse vague qui te fout tout en l’air.. Et là, si des Rameurs d’Océans lisent, je les vois sourire d’ici ^^ Je pense que tant que tu n’as pas passé 48 heures en mer dans cette boîte à chaussures, tu ne peux pas imaginer que ça bouge tout le temps et que rien ne tient en place. La moindre bricole dans l’atelier, à terre, se fait en deux minutes, ici il en faut au moins dix, et 3-4 bleus en prime.

Donc obligé de nettoyer le caisson en dessous, écoper, avec une cuisse un peu brûlée. J’arrive à récupérer ce qu’il reste du riz, avec quelques restes des jours derniers qui étaient sur la tablette. Ça donne du goût 😅😅 Voilà, c’était à faire.. c’est fait !

A part ça, au réveil ce matin, je découvre un nouveau record : celle du moins grand nombre de milles nautiques après 12 heures de dérive : 13 ! “Tu verras Steph, la deuxième partie va beaucoup plus vite !”. Ok les gars !! C’est comme en trail, quand tu croises le fameux bénévole qui te dit “Plus que 2 km !”. Et 45 minutes plus tard, tu attaques un gros raidard ! Ah tiens, on annonce aussi 9-12 noeuds de vent. Ok.. Bon ben moi, j’ai mon drapeau en berne et une mer quasi plate..

jusque 13h00 donc, ça a été tout à l’os mais je n’ai pas été gêné par les vagues. Je suis toujours le même scénario : tirer à 230° avec un vent et une houle qui eux me poussent sur un cap à 270°. Et puis soudain, sortie du bosquet, arrive une bourrasque pile dans mon axe qui dure 2 heures ! Et là tu fais sur ce mince créneau les milles nautiques de la journée. Et tu t’amuses à ramer d’ailleurs, sans pause, pendant presque 3 heures de temps tellement tu revis. On dirait la flaque de Gérardmer ! Plutôt que de tirer comme un âne..

Au total, ça fera encore 10 heures de rame dans la musette. Alors on me demande si je prends plaisir, etc.. Alors non, pas du tout. Entre 5h00 , heure du premier coup de pelle, jusque 17h00, heure du dernier, entrecoupé de deux pauses de 20 minutes et trois de 5 minutes, le reste du temps (surtout pour 80% de cette traversée), c’est tirer comme une mule car les conditions ne sont pas là. Donc pas de plaisir, mais je ne suis pas là pour ça. Sinon tu vas en Martinique en avion et tu te fais dorer la pilule à la plage des Salines.

En lisant des livres de philosophie, psychologie, développement personnel, religion, érudit, comme j’ai pu le faire, tu trouves des réponses pour te libérer, t’apaiser, te rassurer, mais il faut le vivre pour l’ancrer en toi. Sinon ça reste de la théorie. J’accompagne des athlètes en préparation mentale, les trois quarts des échanges se basent sur les expériences. Car je ne suis pas plus malin, voire moins, que la moyenne. Les peurs, les tourments, les regrets, les erreurs..

Mais ces défis m’apportent beaucoup plus que les parlottes. Celui là a été en plus un formidable travail de tout un groupe. Des amis, des proches, en passant par les sponsors, etc.. Une famille Etarcos existe. Leur dire merci, c’est aussi à un moment très basique. Et puis perpétuer cette notion, celle de l’homme qui a toujours tenté des choses, peut-être folles à leur annonce, mais qui remontent le niveau de la folie d’un cran.. Et bien ça vous donne un feuilleton dans votre confinement 😅😅

Hey Jean Paul, mon cher compagnon imaginaire, tu mouftes pas là ?? Avec ce que je dis depuis le début ? Par contre c’est certain : passer 24 heures dans cette boîte à chaussures où tu passes par tous les états, tu dois te maîtriser, faire attention à tout, envoyer physiquement, trouver les outils pour accepter ça. Et bien malgré tout, il y a quelques instants qui te paient d’être là.. Ce matin, une lune qui file, croisant l’horizon, des couchers de soleil de niveau coupe du monde, un dauphin qui te tourne autour, un appel à un être cher, un boeuf bourguignon en boîte que chez toi tu n’achèterais peut-être pas. Pourtant demain ce sera le meilleur 5 étoiles de ma vie ^^ Voilà, c’est tout ça aussi une traversée de l’Atlantique à la rame..

Jean-Paul, peut-être un truc à dire pour détendre tout ça ?? “Euh tu m’as donné envie avec ta plage des Salines, alors c’est bientôt qu’on arrive ??” Mais Jean-Paul.. Je viens d’expliquer que c’est le cheminement, pas le point d’arrivée, le plus important !

Pff bref.. On continu le fameux 230°, et pour un moment. Par contre, même la nuit maintenant il fait chaud, c’est costaud ça. Bon je vous claque la grande bise tout vite, je dois retourner dehors une énième fois pour régler le bateau. Il veut repartir à 270°..

UN JOUR UNE QUESTION

Merci à Boris Durand pour nous avoir envoyé sa question hier ! Comme lui, n’hésitez pas, il suffit de cliquer sur le bouton ci-dessous ^^

La question du jour par Boris : Salut Stéphane, petite question qui me tarabuste : comment fais-tu pour le guidage de ta traversée ? C’est balisé avec des drapeaux et rubalises ou t’as pris ta plus belle montre GPS ?”

Réponse de Stéphane :Pour le guidage, oui j’ai un GPS intégré à mon tableau de bord. Mais j’ai surtout un routeur à terre qui me dit, en fonction des vents, des courants, du type de mer, quel cap je dois tenir chaque jour pour être au mieux dans ma trajectoire.”

Et encore merci à Vrai Roses pour la photo montage d’illustration!


Envie de soutenir Stéphane Brogniart et l’association ETARCOS ?

Tee-shirts ETARCOS disponibles sur

Devenez adhérent pour 20€ par an

0 réponses

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.